Une journée dans la vie de Lili Eting (et son chat)

lili-et-pedeefC’est le titre d’un petit manuel de diplomatique numérique rédigé par un petit groupe de chercheurs  qui ont choisi une forme légère pour un sujet très sérieux.

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L’histoire commence un beau matin, dernier jour pour payer ses impôts…

Elle se passe chez la famille Eting. Lili a épousé Marc dont elle a pris traditionnellement le patronyme… Ils ont une fille adolescente, Lola. La famille comprend encore un chat qui répond au nom de Pédéèf. Mais ce n’est pas un nom de chat ! C’est que Pédéèf n’est pas un chat ordinaire ; c’est un chat internaute.

Les personnages de cette famille sont, comme tout le monde, confrontés aux questions que pose la société de l’information : peut-on se fier à Internet ? Qu’est-ce que l’identité numérique ? Comment détecter un faux mail ?

Ces questions relèvent de la sécurité de l’information, du droit, de la communication, des sciences de l’information en général, et de la diplomatique en particulier. La diplomatique est la discipline qui étudie, depuis le XVIIe siècle, les documents authentiques et les faux. Au XXIe siècle, la diplomatique est volontiers numérique, comme les documents…

Lili et son chat sont passionnés par la diplomatique qui s’invite dans leur vie quotidienne, d’où le sous-titre de l’ouvrage : « Petit précis de diplomatique souriante ».

L’histoire a été écrite à dix mains, par un petit collectif informel et transdisciplinaire composé de Jean-Jacques THOMASSON, Bertrand MÜLLER, Florentin DEZ, Claire SCOPSI et Marie-Anne CHABIN, dans le cadre de soirées Oudipo (OUvroir de DIplomatique POtentielle) en hommage à la fantaisie créative de l’Oulipo de Raymond Queneau (et à la diplomatique). Un ouvrage de vulgarisation et de réflexion tout à la fois, en raison des profils complémentaires et des regards croisés des auteurs.

Le livre comprend cinq chapitres :

-       La forme

-       Le faux

-       L’identité

-       L’enregistrement

-       La trace

Le récit de Pédéèf est complété, comme toute publication sérieuse, par un glossaire et une bibliographie, et enrichi des illustrations de Lucas NARDONE.

La petite Fadette (l’autre)

Nouvelle, proposée par Marie-Anne Chabin

George (qui est une femme, l’a toujours été et entend le rester) collectionne les amants, artistes, politiques, journalistes et ne s’en cache pas mais elle ne s’affiche qu’avec un à la fois (la jalousie des hommes est difficile à gérer).

Il y a quelques mois qu’elle a décidé de quitter Jules, pour vivre avec Alfred mais, au moment où se passe l’histoire, elle est en train de céder aux avances de Frédéric, le collègue d’Alfred.

Encore indécise quant au penchant de son cœur, George décide de faire un petit voyage avec Frédéric, pour le tester, avant de rompre définitivement avec Alfred qui ne se doute de rien. Elle informe donc ce dernier qu’elle doit partir quelques jours au chevet de sa tante malade et que, gage de confiance, elle laisse son appartement à Alfred avec mission de relever son courrier.

SMS : « À très bientôt, Alfred, tu me manques déjà, bisous ! »

Alfred s’installe dans l’appartement de George. Inconsciemment jaloux, comme tout amoureux, il ne se contente pas de relever le courrier ; il le flaire, il l’imagine, puis il l’ouvre, le traite, le classe (lui et George ne forment-ils pas un couple uni ?).

Quelques lettres d’admirateurs, un courrier des impôts, des journaux, des publicités, et une facture de téléphone. À l’intérieur, le regard d’Alfred, guidé par l’intuition (comme quoi, elle n’est pas que féminine) tombe sur la liste des numéros appelés de la facture détaillée. QUOI ? Alfred reconnaît son numéro qui revient à plusieurs reprises pendant la semaine du 21 avril, cette semaine où, justement, il n’a pas pu parler à George au téléphone parce qu’il avait égaré son portable.

Il faut dire que, comme George était coincée à Paris ce dimanche 20 avril pour un salon où elle devait signer son dernier livre et qui devait se terminer tard, Alfred, qui n’avait pas envie de rester enfermé dans un lieu où il n’aurait servi que de planton, avait décidé de prendre l’air à la campagne, seul officiellement, accompagné d’une petite amie officieusement. Rentré directement au bureau le lundi matin, il avait cherché partout son portable pour appeler George, mais ne le trouvant pas, avait conclu qu’il l’avait oublié à la campagne et s’apprêtait à y retourner dans quelques jours… Après tout, il fallait faire sentir à George qu’elle n’y mettait pas beaucoup du sien en préférant trop souvent d’autres activités à leurs jeux amoureux. Face aux moqueries de Frédéric – qui partage le même bureau – sur son côté tête en l’air, il n’avait pas insisté ; il avait emprunté le portable de Frédéric pour appeler George, expliquant qu’il avait momentanément égaré son appareil, l’assurant avoir eu une pointe d’angoisse à l’idée de ne pouvoir le joindre mais puisqu’ils se voyaient le mardi soir, on se passerait de téléphone. Il ne faudrait pas devenir esclaves de ces petites machines. Et puis, il avait retrouvé son téléphone le jeudi matin, en revenant de prendre un café avec Frédéric ; il était coincé, en mode silencieux dans le programme du salon littéraire de George, plié en quatre, dans une poche de sa veste. Il aurait pourtant juré…

Fadette Ch

Devant la liste des numéros, la première réaction est d’autosatisfaction : George a appelé son numéro plusieurs fois par jour pendant ces jours-là…

La seconde lui procure quelques sueurs froides : la fadette indique des conversations de plusieurs minutes, plusieurs par jour, le lundi, le mardi et encore le mercredi ! Puisqu’il n’avait pas son téléphone, George et lui n’ont pas pu se parler ! George a pu lui laisser un message vocal ou deux le lundi, mais pas des messages de plusieurs minutes, ce n’est pas son style. Et le mercredi ? Trois messages totalisant 27 minutes et 34 secondes ! Qui a répondu et parlé avec George avec SON téléphone ??

L’angoisse étreint Alfred. La jalousie le suffoque.

Avant d’y céder, Alfred veut quand même vérifier sa propre fadette. Il allume l’ordinateur fixe de George, dont il connaît le mot de passe, et se connecte au site de son propre opérateur : il clique sur « facture détaillée du mois d’avril », laquelle fadette s’affiche à l’écran au format PDF : il lit, il note, interloqué, brisé, la durée des appels (de longs, très longs appels, en dehors des heures de bureau) depuis son propre portable vers celui de George ces trois fameux jours sans téléphone avant que Frédéric ne l’aide à le retrouver… Il imprime la page, comme si la matérialité du papier était seule capable de véhiculer la vérité ; puis il ferme le fichier et éteint l’ordinateur.

George doit rentrer le soir même. Pour l’attendre, Alfred décide de décorer l’appartement.

Elle arrive.

George est souriante, heureuse de sa nouvelle liaison avec Frédéric, amusée d’avoir joué un bon tour à Alfred, indulgente (de cette indulgence des gens heureux pour les malheurs des autres), insouciante comme à son ordinaire. George entre dans l’appartement puis elle voit. Elle voit les centaines de feuilles A4 qui reproduisent sa facture détaillé de téléphone portable du mois d’avril ainsi qu’une autre fadette où elle reconnaît le logo de l’opérateur d’Alfred, collées sur les murs, mises en scène sur les meubles, pendues au plafond, avec les ronds et les traits rouges rageurs et accusateurs qui entourent le numéro de téléphone d’Alfred et le sien.

Alfred se sauve, épuisé de douleur.

Restée seule, George ouvre son ordinateur et est frappée, elle qui classe si scrupuleusement tous ses fichiers, de voir au milieu du bureau la facture de l’opérateur d’Alfred que celui-ci n’a peut-être même pas eu conscience de télécharger.

Et George de s’écrier : Au Diable les fadettes ! Il y en a marre !

_______

NB:

a) La Petite Fadette : titre d’un roman de George Sand paru en 1849, trois ans après La mare au diable.

b) Fadette, dans le jargon des services de renseignement français, désigne la facture détaillée, ou plus exactement la liste des communications téléphoniques (dates, numéros appelés, durées) que les opérateurs de téléphonie mobile adressent à leurs clients. Les fadettes sont régulièrement au centre de scandales politico-médiatiques français.

Caramba ! Encore raté ! Ou les pièges de l’évaluation en double aveugle à l’ère du numérique.

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Carramba encore rrraté

Illustration : Hergé et Uderzo : L’Oreille cassée.

 

L’évaluation en double aveugle est un des piliers du fonctionnement des communautés scientifiques et le principe en est le suivant : lorsqu’un chercheur souhaite participer à un colloque ou publier un article dans une revue scientifique, il doit proposer sa communication à l’évaluation de ses pairs (généralement deux confrères) sans que ni le soumettant, ni les évaluateurs ne connaissent leurs identités respectives.

Le procédé est quelque peu contesté, car il a tendance à libérer les mauvais instincts des évaluateurs (vous résisteriez à la tentation d’être vachard avec un collègue si vous étiez sûr qu’il ne peut pas savoir que c’est vous ?). Cependant il reste primordial, et les instances d’évaluation de la Recherche et de l’enseignement supérieur françaises, imposent qu’une revue, pour être qualifiante, inclue

la « Lecture des articles proposés à la revue en « double aveugle » (y compris pour les « dossiers » avec contributions commandées) ».

Le processus d’évaluation en lui-même parait facile : il suffit de demander aux auteurs une version non signée de leur contribution pour la soumission ; si l’auteur néglige d’anonymiser sa copie, l’organisateur du colloque ou le directeur de publication n’aura qu’à caviarder le nom de l’auteur, ou le supprimer du document électronique…  s’il ne s’agit pas d’un document PDF ou protégé contre la modification.

Mais tout évaluateur sait qu’une contribution anonyme peine à conserver sa part de mystère, tout d’abord pour des raisons liées au contenu scientifique lui même :

1)      Tout chercheur sachant chercher connaît son environnement de recherche et les thématiques traitées par ses pairs (surtout dans une discipline comptant relativement peu de chercheur comme, par exemple… les sciences de l’information ; donc cet énième article consacré à l’influence des codes de communication des tortues des Galapagos sur les applications du web2.0 ne peut être dû qu’à Jonathan Tartempion (qui donc à part lui, grands dieux, s’intéresserait à un sujet pareil !).

2)      Si le sujet semble nouveau et ne trahit pas son auteur, il est notoire que peu d’auteurs d’articles scientifiques résistent à la tentation de l’autocitation (on n’est jamais si bien servi que par soi-même). Il y a donc de fortes probabilités pour que l’auteur le plus cité dans la bibliographie de l’article soit aussi l’auteur de l’article.

Ensuite pour des raisons liées au document numérique, puisque aujourd’hui les évaluations sont transmises par mail au format électronique :

3)      Le coordinateur de la revue ou du colloque, ou plus exactement le doctorant (donc inexpérimenté) auquel il a délégué la tâche, a certainement scrupuleusement supprimé le nom de l’auteur dans le contenu du document et peut être aussi de la bibliographie. Mais a –t-il songé à le supprimer des métadonnées du document (les propriétés du fichier) ? S’il n’y prend pas garde voici ce qui sautera aux yeux de l’évaluateur dans l’explorateur de fichiers de windows :

copie d'écran

Et flûte : raté. (*)

4)      Admettons que le coordinateur ait pensé à supprimer le nom de l’auteur du contenu ET des métadonnées du document, il reste encore un piège (ne riez pas, cela m’est arrivé la dernière fois que j’ai évalué un article) : le grand méchant module de révision.

copie d'écran

Caramba ! Encore raté !  (**)

 

 

 

 Guide pratique :

* Comment supprimer les métadonnées d’un document pour qu’elles n’apparaissent pas dans l’explorateur de fichiers de  windows :

Dans l’explorateur Windows : cliquer avec la touche droite sur le fichier, item Propriétés. Onglet « Détails ». Cliquez sur « supprimer les propriétés et informations personnelles ».

 

** Comment éviter que les informations de mises à jour d’un fichier ne vous sautent à la figure à l’ouverture du fichier :

Menu Révision. Item « Accepter ». Accepter toutes les modifications dans le document. Puis enregistrer le fichier.

Excel, le logiciel qui vous rajeunit!

Par Carole Briend et Claire Scopsi

Certes, il ne s’agit que de quatre ans et un jour, mais si vous cherchez à ralentir du temps l’inexorable course vous pouvez toujours essayer ce truc là : Excel.

Certains de nos élèves nous ont fait remarquer avec un ravissement teinté de surprise que les très sérieux et très officiels certificats de scolarité (oui ceux qui permettent d’attester la présence d’un élève en formation afin de lui permettre d’obtenir les financements, avantages et dédommagements liés à sa situation) les rajeunissaient quelque peu : la date de naissance portée sur le certificat était systématiquement erronée. Lire la suite

Le Dieu du Rien

Par Florentin Dez

La rêverie occupait une large place dans la vie de Charon et alors qu’il voguait sur les flots sombres du Styx, il lui arrivait souvent de prendre les volutes de fumées nauséabondes qui s’accumulaient au plafond pour des nuages poussés par le vent. Parfois, entre deux stalactites, il y devinait Cerbère, mais plus fréquemment… rien du tout. En ce matin, il est dérangé dans ses contemplations par un « flap-flap » familier.

- On ne t’a jamais dit que tu fais plus de bruit qu’un bataillon de harpie Hermès?

L’embarcation tremble légèrement lorsque le messager se pose devant lui.

- A bien y réfléchir, je ne sais pas ce qui est pire, continue le passeur. Ton manque de discrétion ou bien l’odeur d’ambroisie que… Lire la suite

Comment attester le rien, quand on est un immigré en situation illégale ?

Par Claire Scopsi

La sous-section 7 de l’article L313-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile(CESEDA) consacré à l’ admission exceptionnelle au séjour, stipule que « L’autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l’article L. 312-1 la demande d’admission exceptionnelle au séjour formée par l’étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ». Le terme « habituellement » est important car il se traduit dans les faits, et bien que la circulaire de Manuel Valls autorise « une absence de courte durée »  par l’exigence que l’étranger n’ait jamais quitté le territoire français pendant ces 10 années, même pour quelques jours seulement. En effet, si les services de la préfecture trouvent dans le dossier de demande de régularisation ou dans leurs fichiers la trace d’une sortie du territoire français, (visa, acte officiel effectué à l’étranger, trace d’un passage à la frontière…) ils considèrent la date de la plus récente entrée en France Lire la suite

Séance 11.La trace du Rien

OuDiPo- Séance du 12 février 2014

Notes de Jean-Jacques Thomasson et Marie-Anne Chabin

Questions

L’argument du débat vient de plusieurs témoignages dont un qui était « comment, pour les migrants, prouver que l’on n’a pas quitté le territoire français ? »

Les dirigeants aussi doivent prouver qu’ils n’ont pas fait ou qu’ils n’ont pas su. Opposition entre une société basée sur la présomption d’innocence (France) et une basée sur la présomption de culpabilité (pays anglo-saxons).

Au CNAM, certain enseignants préfèrent ne pas être payés compte-tenu de la paperasserie. Dans ce cas, l’administration leur demande « une attestation comme de ne pas vouloir être payé ».

Au sujet de la sortie du territoire, pour l’administration, il suffit d’avoir deux témoignages par trimestre pour prouver la présence sur le territoire (preuves dites administratives : factures EDF, témoins…). Mais c’est idiot car finalement ces documents ne prouvent rien. Lire la suite

Séance 4. Liste

OuDiPo, séance du 26 octobre 2011

Contexte : fruits fourrés au foie gras, crottins de Chavignol, pâte de coing d’Alain, gelée de coing de Michel, vins

Verbatim

Le Vertige de la liste d’Umberto Eco :

  • liste et énumération (numérotation)
  • liste et inventaire

voir aussi Jack Goody

Finitude de la liste.

Liste verticale (visuel) et liste horizontale (séparateurs).

Série, séquençage, index.

En comptabilité, on parle de suite, pas de liste ; la liste n’est pas mathématique. Lire la suite

Séance 3. Titre

Commentaires: de DC title (balise Dublin Core) à la vente en ligne de titres nobiliaires (2000 e…) cf Alphonse Allais : « Il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire. Être de quelque chose, ça pose un homme, comme être de garenne, ça pose un lapin. » Oeuvres posthumes, Le Chat Noir, 25 janvier 1890

Titre et titrisation : un nouveau titre cache d’anciens titres douteux.

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